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 Les marmottes en Vanoise : des paradoxes des parcs nationaux

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Sisyphe
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MessageSujet: Les marmottes en Vanoise : des paradoxes des parcs nationaux   Dim 7 Aoû à 21:59

Surprised Je voulais vous faire réfléchir sur cet article paru dans Libération du 23-23 juillet, rédigé par Eliane Patriarca.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=312968

Petit résumé :

N'étant plus chassées, les marmottes prolifèrent dans le parc de la Vanoise, et leur nombre excesif nuit aux agriculteurs, car les marmottes déplacent les pierres jusque dans les champs, causant des dégâts sur le matériel lors de la fauche. Ce qui contribue à accroître le ressentiment des agriculteurs de montagne, déjà hostiles, envers le parc.

Pour l'instant, le parc se contente de prélever des marmottes et de les relâcher plus loin. Solution vécue comme hypocrite, car c'est au fond les livrer aux chasseurs. Solution d'ailleurs insatisfaisante, car en prélevant des marmottes en nombre, on crée "un appel démographique" : ayant plus de place, les marmottes se reproduisent en plus grand nombre et plus vite. Tel le syllogisme du gruyère : moins il y a de marmottes, plus il y a de marmottes.

Autre solution : instaurer un contrôle des naissance, en distribuant pillules anti-conceptionnelles aux femelles et ... "anti-viagra" ( Shocked sic, dans l'article) aux mâles... Mais affraid horreur, c'est contraire au principe du "wilderness" ! De l'état sauvage pur et simple qui doit régner dans un parc national.

Alors ? En fait, la solution la plus simple serait tout simplement quelques coups de fusils... Mais là, c'est le public qui ne l'admettrait pas ! Comment en effet le gentil garde des parcs nationaux, le Davy Crockett de la République, pourrait-il défourailler contre cet animal si adorable et mignon qu'est la marmotte comme le dernier des viandards de Chasse Pêche Nature et Tradition ?

*

Au-delà du cocasse, cet article soulève me semble-t-il deux problèmes qui peuvent intéresser le géographe :

1. Le premier est très bien exprimé par l'auteuse elle-même :

Citation :
Les parcs nationaux sont dans une situation paradoxale à laquelle ni eux, ni le public auquel on ne cesse de parler d'érosion de la biodiversité, ne sont préparés. Fondés pour protéger et conserver faune et flore, ils sont confrontés à l'abondance de certaines espèces et à la nécessité de maîtriser leur impact sur le milieu

Ce qui revient à dire : c'est quoi, protéger la nature ?

2. Le second, je l'exprimerai moi-même, moi qui suis certes profondément citadin, mais issu d'une zone de moyennes montagnes assez préservée : n'y a-t-il pas comme une schizophrénie des regards que nous portons sur nos montagnes ?

Pendant longtemps, en France, la montagne et sa population humaine était un lieu négligé et méprisé - ne dit-on pas "crétin des Alpes" ! Puis est venu le vingtième siècle et son tourisme, et la montagne est devenue "l'écrin sublime à protéger"... mais pour les gens de la ville.

L'article dit bien la chose :

Citation :
«Le problème est moins quantitatif que psychologique. Avec les prairies de fauche, on touche au patrimoine culturel des agriculteurs. Faucher entre 1 700 et 2 400 mètres d'altitude, c'est plutôt sportif, et ils sont fiers de ce travail.»

Citation :
«A sa création, en 1963, le premier des parcs nationaux français a été vécu par les agriculteurs comme une atteinte à leur propriété», reconnaît le directeur du parc, Philippe Traub. [...]
«Et pendant longtemps le parc a négligé les agriculteurs», ajoute-t-il.

Citation :
Ces compensations n'effacent pas le ressentiment des éleveurs qui se sentent oubliés au profit de l'environnement. «Avant, ils géraient eux-mêmes les populations de marmottes. Le parc les a dépossédés de cette tâche alors qu'ils subissent les dégâts», analyse Isabelle Mauz,

Le paysage est le même, mais ne signifie pas la même chose pour tout le monde : aspiration éthico-esthétique pour le randonneur urbain en plein "ressourcement" touristique, pénible réalité agricole pour l'exploitant local qui en vit, biotope et lieu d'expérimentation pour l'écologiste "scientifique" que relaie l'écologiste "politique".

Mais qu'un loup, un ours ou une marmotte survienne, et voilà la guerre allumée...

Pensez-vous la paix possible ?


PS : j'aime beaucoup les marmottes.
PPS : qu'on se rassure, les loirs ne sont pas concernés
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florian_ags



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MessageSujet: Re: Les marmottes en Vanoise : des paradoxes des parcs nationaux   Lun 8 Aoû à 21:57

Ouh, ca va être long!
Je m'intéresse beaucoup à ce sujet, et pas mal de mes profs de géo à l'Université de Savoie font des recherches sur les PN et nous en parlent donc en cours (sans compter ce que je lis à côté.) Donc j'ai pas mal de choses à dire.


Citation :
Ce qui revient à dire : c'est quoi, protéger la nature ?

C'est une réflexion que les PN (Parcs Nationaux) se font, et plusieurs réponses y sont données selon les endroits.
En Allemagne je crois, certains parcs considéraient (c'est peut-être fini aujourd'hui, je ne sais pas trop), que dans un PN, la nature devait être prise à son sens premier, c'est à dire un milieu évoluant en dehors de toute action anthropique. Du coup, quand une maladie se déclarait dans une forêt, ils la laissaient se développer et contaminer la forêt entière, consiérant que c'était l'évolution naturelle.
Mais en règle générale, les PN "gèrent" la nature, ils s'en occupent pour qu'elle évolue de la manière qu'ils considèrent comme étant la meilleure. D'où ces questions que se pose le PN de la Vanoise sur le problème de "prolifération" des marmottes.


Citation :
«A sa création, en 1963, le premier des parcs nationaux français a été vécu par les agriculteurs comme une atteinte à leur propriété», reconnaît le directeur du parc, Philippe Traub. [...]

C'est bien le problème : les PN ont une structure descendante, c'est à dire qu'ils sont créés sur décision de l'Etat, et ne sont donc pas toujours favorables - loin s'en faut - aux populations locales. Au contraire, les PNR (Parcs Naturels Régionaux) ont une structure montante, c'est à dire qu'ils sont créés par un groupe de communes pour développer le tourisme et mettre en avant le patrimoine local (les PNR sont en effet considérés comme des aires de récréation pour les habitants des grandes villes avoisinantes, et les visiteurs des PNR sont donc en majorité des excursionnistes). Les contraintes d'un PNR sont donc beaucoup moins fortes que celles d'un PN. La création d'un PNR a souvent également pour vocation le développement de l'agriculture locale. Exemple : Le PNR des Bauges, de par sa renommée, a surement permis une meilleure réputation de la Tome des Bauges, fromage bénéficiant d'une AOC. Le label parc (PNR pour être précis), viendrait donc à mon avis renforcer un autre label, portant celui-là sur un produit agricole.
En définitive, un PNR a pour vocation principale de favoriser l'agriculture et le tourisme, alors qu'en ce qui concerne les PN, la mission la plus importante est toute autre.
En effet, les premières missions d'un PN sont la protection et l'étude de la nature, et l'information auprès des touristes. Mais pas (du moins ce n'est pas le plus important de ses objectifs) le développement économique de la région.

Du coup, la vision qu'ont les locaux d'un PN est forcément moins favorables que celle qu'ont les habitants d'un PNR.

Le PN impose une multitude de contraintes qui vont souvent ternir l'image que se font les habitants du parc. Mais il apporte aussi une image de marque à la région, et favorise donc le tourisme.
De ce fait, il est intéressant de cartographier l'opinion que se font les riverains d'un PN. Dans un article de la revue "l'Espace géographique", si je me souviens bien, un chercheur français rapportait les théories de ses confrères géographes allemands, qui avaient appliqué un concept développé par la psychologie allemande, le concept d'acceptance, aux PN est-allemands.
L'acceptance était définie comme un degré supérieur d'acceptation d'une structure allogène surimposée (ici donc, le PN), entrainant une véritable identification à l'objet. Suivait une échelle de l'acceptance, allant du refus total de la structure à l'acceptance, en passant par l'acceptation...
Il était ensuite montré que l'image qu'avaient les riverains du parc pouvait être cartographiée, et modélisée comme un "cratère de l'acceptance" : au fond du cratère, les communes situées en plein dans le parc, ou à proximité immédiate, subissaient les inconvénients du parc (pour l'agriculture, cf article ci-dessus, mais aussi superposition d'un élément véhiculant une identité nationale : le parc national comme son nom l'indique, sur des endroits déja marqueurs d'une identité locale : les sources ou les forets situées à l'intérieur du parc), mais ne bénéficiaient pas ou peu des avantages apportés par le parc (ex. la manne touristique).
Si on s'écartait un peu des abords même du parc, on arrivait dans des endroits (des communes par exemple) qui bénéficiaient de l'afflux de touristes (donc gains d'argent importants), mais sans subir les effets néfastes du parc --> cette "zone" formait le sommet du cratère.
Puis, plus on s'éloignait, moins l'influence du parc se faisait sentir et donc plus on "descendait en altitude" sur notre schéma de cratère.
Mais ce modèle peut être perturbé, déformé pour de multiples raisons : pénétrante favorisant la circulation (une route construite grâce à l'installation du parc pour drainer le flux de touristes, mais qui bénéficie aussi aux populations locales, par exemple), ou au contraire, "enclavement" de certaines communes ou hameaux renforcé par la création du parc.

Y aurait encore plein de choses à dire sur ce sujet, mais là faut que j'aille manger...


Dernière édition par le Mar 6 Sep à 18:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les marmottes en Vanoise : des paradoxes des parcs nationaux   Mar 9 Aoû à 10:16

Bah, y'a bien une solution, c'est de manger les marmottes, comme en Mongolie, n'est-ce pas Imazhi yt ? Wink
(Je précise que je plaisante, hein, j'adore les marmottes et je ne leur souhaite pas de mal !)
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MessageSujet: Re: Les marmottes en Vanoise : des paradoxes des parcs nationaux   Aujourd'hui à 1:15

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