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 La recherche existe-t-elle encore en géographie?

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homogeographicus

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MessageSujet: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Jeu 15 Déc à 9:11

Suite à une discussion avec deux trois amis, confrontant divers points de vue plus ou moins violemment, j'en suis arrivé à la conclusion que la recherche n'existe plus en géographie...

La question qu'est ce que la recherche... Est ce faire une application sur ou travailler sur de l'étherique total? J'ai l'impression, que l'application est aujourd'hui le sens de la recherche...Tout autre financement est écarté. Le CNRS et tous les autres organismes de recherche s'engagent sur la voie du bureau d'étude...Que peut esperer encore le chercheur pur, mourir sous les ponts sans doute...car tellement impliqué dans ses recherches, il devient impossible pour lui de s'en extraire et il ne parvient à trouver un emploi. La recherche d'emploi est pour lui une mission quasi impossible compte tenu de son non sens des réalités...L'étape de l'entretien en elle même est deja surhumaine.

Le chercheur, le pur, le dur, est sans doute celui qui est aussi le plus autiste, la France est raciste, raciste de ses chercheurs, raciste de l'innovation et pour la reproduction et l'economie à faible vue...La géographie de l'Action oui mais à force d'anénantir ce qui fait l'action (la recherche fondamentale), on tarit la source de l'innovation. Une amie me disait, il n'y a de recherche que fondamentale...Exactement...

Que peut on dire d'autres, j'invite tout le monde à lire un article de Cybergeo (épistémologie histoire de la géographie) portant sur Christaller et Losh ; constatant ainsi le dégats d'un système si vicieux qu'il est installé depuis de nombreuses années en France. La recherche fondamentale ne peut exister et la théorie des places centrales aurait été mise à la poubelle jetée dans les ouliette de l'histoire si les américains ne l'avaient pas reconnue (cela à tout de même pris 10 ans aux auteurs). Je m'interroge sur ce sport national qui consiste à casser les chercheurs purs et à mettre en avant l'application de l'existant et du reconnu....Seulement le reconnu et l'existant n'aurait pu exister s'il n'avait pas été reconnu un jour. On s'étonne ensuite que les plus grandes théories et les plus grands modèles soient issus des USA ou de l'étranger... Je citerais également R.Bussière, très grand modèle d'Economie, fondamental lui aussi (1975) reconnu que depuis 1994 parce que le LET l'a appliqué à l'aire urbaine lyonnaise et utiliser dans un but prospectif. Nombreux sont les exemples en Sciences Humaines...
Que peut-on dire? Rien sinon que la recherche peut mourir en France, de toute façon les USA nous enverrons les découvertes...Merci la France, merci le gouvernement.
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Miguel
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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 0:49

C'est un sujet qui me touche particulièrement, et je suis moins aussi assez inquiet. Je risque de partir dans plusieurs directions à la fois dans mon raisonnement, peu importe puisque c'est un forum et qu'il peut y avoir débat, et non une dissertation bien construite au préalable.

Tout d'abord, tu évoques au passage une certaine domination américaine dans la recherche, c'est hélas en partie le cas, et c'est d'autant plus idiot que je reste persuadé que la recherche française (j'ai même envie de dire espagnole, tant j'ai lu des choses pertinentes chez mes doubles voisins) est ce qui se fait de mieux. La géo allemande elle aussi est traditionnellement très forte, mais l'époque aidant (ou plutôt n'aidant pas), nous voici tous, nous, Européens, de ce Vieux Continent que certains disent sénile, confrontés à la domination d'une géographie soutenue par une vision très (trop) pragmatique.

Alors, la recherche fondamentale existe-t-elle en géographie ? C'est difficile de répondre à cette question ; j'ai encore envie de dire que oui, car la recherche fondamentale n'est pas seulement celle qui "n'est pas utile" (je mets d'énormes réserves à cette mienne expression du "non utile" ; tout est utile, et même, et surtout, le rêve et la découverte, pour eux-mêmes ; le savoir). Des travaux de géomorphologie sur les karsts (cf. Vanara) ou sur les reliefs écossais (cf. les travaux de C. Lecoeur) aux recherches de D. Pumain sur les systèmes de ville (est-on dans le fondamental ou dans l'action ? on peut se poser la question), en passant par la dynamique des cours d'eau dans le genre de Arnaud-Fassetta (je vous recommande, je vous y obligerais si j'étais un dictateur, son ouvrage issu de sa thèse, sur l'évolution du Rhône : ARNAUD-FASSETTA G., 2000. Quatre mille ans d'histoire hydrologique dans le delta du Rhône. De l'âge du bronze au siècle du nucléaire. Paris, PRODIG, Grafigéo, 2000-11, collection Mémoires et documents de l'UMR PRODIG, 229 p.), il existe bon nombre de travaux que l'on peut qualifier de recherche fondamentale, si l'on accepte l'idée que ce qui n'est pas "élaboration de modèles mathématiques" est aussi de la fondamentale.

Et puis j'ai aussi envie de dire que oui et non, parce que, comme le suggérait l'une de mes nombreuses parenthèses plus haut (au sujet de D. Pumain), il est parfois difficile de se représenter la frontière entre la fondamentale et la pragmatique : ainsi de celui qui voudrait étudier l'étalement urbain ou les relations entre les activités humaines et l'évolution d'un delta, d'un cours d'eau ou d'un quelconque modelé physique. S'appuyant sur des données concrètes, géographiquement localisées, le chercheur pourrait aussi bien en tirer une "théorie", des conclusions que l'on peut qualifier de fondamentales, et les faire utiliser par les entités chargées de gérer les territoires concernés (l'agglomération ou la Région, les Conseils Généraux et les institutions des bassins-versants, les gestionnaires d'un Parc Naturel, etc.). Qu'est-ce qui fait la limite entre les deux ? Difficile de répondre clairement.

Et puis, enfin, j'ai envie de répondre que non, et de suivre ta conclusion, homogeographicus. Car la recherche, que ce soit à travers le CNRS ou d'autres organismes finançant la recherche, est de plus en plus financée "en vue d'une action corrective" : témoins les nombreuses recherches en géographie urbaine, bien plus importantes qu'en rurale ; les restrictions budgétaires qui favorisent les recherches menées en France (dans le cas de la France) au détriment de l'étranger ; la commande publique qui fait qu'aujourd'hui, un Conseil Général ou un Etat se tournent vers des laboratoires de recherche pour établir ce qui n'est rien d'autre que de pauvres diagnostics territoriaux (sur la mobilité d'un département ; sur les effets d'une autoroute et l'établissement d'un Observatoire autoroutier, comme c'est le cas en France depuis quelques années). Ces derniers travaux sont, hélas, de simples diagnostics que des consultants pourraient faire eux-mêmes. Or, comme l'a dit un chercheur il y a quelques semaines devant mes oreilles en admiration, à quelqu'un qui lui disait "tu te poses trop de questions" : "oui, je m'en pose des questions. si je ne m'en posais pas, je ferais consultant..." Or, quelles questions fondamentales peut se poser un chercheur lorsque le département des Bouches-du-Rhône lui demande d'analyser l'évolution, sur 20 ans, de caractéristiques socio-économiques, de territoires infra-départementaux, de la mobilité interne et externe au département ? Peu de questions, en vérité.

Et c'est une impasse, douloureuse impasse : lorsqu'un groupe de chercheurs présente des conclusions en matière d'environnement et de géomorphologie, capable de conjuguer des données sur le temps long (évolution sur l'ère quaternaire) et sur le temps cours (urbanisation, implications sur la préservation d'un milieu donné ; dynamique forestière, ou agricole, ou autre), et que cela ne débouche sur aucun financement, parce que l'entité trouve préférable de se tourner vers des bureaux d'étude qui vont réaliser des "études d'impact" ou des études d'évolution sur 20 ans, 40 ans au grand maximum, que faire ?

La recherche en géographie est alors prise en otage. J'ai envie de nuancer chacun de mes paragraphes en lui balançant à la gueule l'existence d'un autre de mes paragraphes. Il y a de la recherche fondamentale en géographie, il y en a même tellement qu'on n'arrive pas forcément à faire la limite entre fondamental et appliqué. Mais la commande publique (toujours publique, en gros) est celle qui fait vivre la recherche en géographie. Et le géographe, s'il veut vivre, doit se financer. Et pour se financer, il doit répondre à des attentes très concrètes, celles des gestionnaires des territoires.

En guise de post-scriptum, voici un lien qui en dit long, et qui correspond à une politique désastreuse pour la recherche actuelle. Je ne nommerai personne, mais tournez le regard vers le gouvernement actuel ... http://recherche-en-danger.apinc.org/
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homogeographicus

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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 21:26

Je ferais quant à moi aussi une réponse pas nécessairement ordonnée et structurée. Ton fondamental à toi n'est pas le mieux ou celui d'un autre. Tous est choix. Il n'existe donc pas une vérité mais 1000. Deux voies sont envisageables pour le fondamental. Dès lors que le sophisme n'est pas employé, il est possible de raisonner soit par le détail, soit par le général.
Ta question mathématique ou non n'est qu'une illusion et tu déformes mes propos. Il ne s'agit pas là du véritable sens. C'est avant tout une démarche basée sur des idées.
Qu'est ce que mathématiser sinon enchaîner logiquement et mécaniquement des idées?
Je me pose donc plusieurs questions l'une purement rhétorique à savoir sommes nous géographes ou non et comment alors se place la démarche du géomorphologue ou du climatologue dans ce cas. L'autre peut être plus concrète ayant une implication sur nos débouchés.
Faire du fondamental en géomorphologie en prônant le détail, c'est assurément s'engager dans une voie qui nous mène inéluctablement vers l'érudition (Bonne chose en soi même excellente et absolument indispensable) mais aux applications limitées. Je ne crois pas à y réfléchir que l’observation conduise véritablement à une erreur mais elle ne permet pas de comprendre. En revanche, le discours éthérique est quant à lui source d’erreurs lorsqu’il est déconnecté du réel, j’en veux pour preuve, l’approche de Platon (idéaliste minimisant voire niant le temps) ou encore l’erreurs majeure Ptoléméenne dû à un manque d’observation.
Pour cette raison, il me semble qu’un discours hypothético déductif semble plus adapté pour la connaissance car supposant non seulement une observation conduisant à une hypothèse suivie par un enchaînement logique et mécanique d’idées aboutissant à une simplification peut être outrancière du réel mais permettant de comprendre le monde dans lequel nous vivons. L’inutilité est toute relative dans la mesure ou cette dernière idée est la forme raffinée du raisonnement (la plus générale) et permet par la suite la production d’applications diverses et nombreuses plus en phase avec notre société. En fait, le raisonnement est alors en boucle on part naturellement de l’empirie pour aller vers le général puis revenir vers le réel par le biais de micro applications dans des études de cas. La force d’un tel raisonnement réside dans sa mécanique (pouvant paraître idéaliste pour certain) et ainsi repose par essence sur une connaissance par nature technique à la base donc aboutissant à de la technique pure. Raisonner par le particulier, c’est comme je l’ai dit proposer une vision en Cyclope pourquoi ? Parce que l’on ne parvient pas à trouver le sens caché, seul ce dernier permet l’application de encore techniques inexistantes (c'est-à-dire l’innovation pour la société du futur). Si le but de la recherche est d’améliorer la vie des gens, alors cela doit passer par une « technisation » du monde. Choisir la voie inverse, c’est s’engager sur un bonheur illusoire basé sur le rêve.

Le chercheur est en un sens toujours plus ou moins rêveur qu’il soit plutôt technicien ou plutôt empiriste. L’utopie se trouve des deux côtés à partir du moment où l’on choisit la voie de plaisir sans l’application. En même temps, le chercheur est surtout un rêveur ou alors son but est tout autre et il ne fait qu’appliquer. J’y vois une certaine prégnance d’une société si persuaduée que l’argent domine tout y compris l’homme. Dans ce cas, le chercheur est aussi une pièce sans conscience. Il n’a donc aucune existence… C’est ce que nous propose nos élites politiques. C’est aussi, la politique pratiquée dans les laboratoires tous les jours. La pièce sans conscience est aujourd’hui la base de la recherche française, en tous les cas, pour beaucoup. Des domaines aussi inutiles et sans intérêts que la philosophie ou l’épistémologie permet de le comprendre.
L’inutilité, je ne sais pas ce que sais et je crois que rester sur une approche purement pragmatique, ce qui est plus ou moins vrai aussi pour le cas particulier pose quand même une question : a-t-on raison de rester sur des concepts et des outils qui n’évolueront plus si nous n’y prenons pas garde car la théorie c’est bien cela (faire évoluer ou tenter de faire évoluer).
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Miguel
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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 21:58

homogeographicus a écrit:
et tu déformes mes propos.
?
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homogeographicus

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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 22:36

Miguel a écrit:
homogeographicus a écrit:
et tu déformes mes propos.
?

Mes propos n'étaient pas de mettre les mathématiques au dessus de tout comme ce que tu le laisse entendre car je pense qu'elles ne le sont pas mais elles sont toutefois essentielles si l'on cherche à faire une géographie de l'action
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Miguel
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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 22:46

Je n'ai absolument rien laissé entendre. L'intégralité du raisonnement que j'expose est mienne et ne fait que répondre à ton interrogation, sans réagir directement à ta propre pensée. Quand je parlais d'élaboration de modèles mathématiques, je ne pensais même pas à toi, c'est tout dire.
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MessageSujet: Re: La recherche existe-t-elle encore en géographie?   Ven 16 Déc à 22:52

Je crois effectivement en observant autour de moi que la volonté des uns et des autres est bien de raisonner en terme d'actions toutefois, la vision reste à mon sens profondément limitée dans la mesure où la connaissance ne peut peut être obtenue par le détail. Croire que cela est possible suppose que l'homme est inhumain.
Paradoxe curieux mais réel. Voici l'explication...
Si le géographe est un sisysphe, il ne raisonne pas (production à l'infini de textes identiques), si la géographe raisonne, il a l'opportunité de deux choix :
1) soit il opte pour la géographie du détail dans ce cas, mathématiquement il est évident de démontrer que la connaissance utopique (qui est en quelque sorte aristotélicienne) suppose une croissance plus qu'exponentielle du nombre de mots...
2) soit il opte pour le général et auquel cas, il produit des textes allant en se réduisant et dont le sens évolue vers la symbolique...

La fin programmée des mots en géographie est prévue en 2025 mais en réalité il ne s'agit que d'un modèle mathématique sans sens tant que l'on a pas les données réelles à savoir la production de détail...
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