Il est sûr que tout dépend de l'échelle. On peut difficilement exclure l'action anthropique si on considère que l'Homme a "modifié", même partiellement, la dynamique climatique de la planète ; par action indirecte, cette modification fera un lien entre l'Homme et un espace naturel.
C'est pour ça, justement, que les géographes, plus que de définir l'espace naturel, tendent généralement à en rejeter le concept. On ne parle guère d'espace naturel, ou on l'emploie avec une dose de précautions, par commodité je dirais, pour désigner des espaces où l'action anthropique ne s'est pas exercée directement : pas de structure humaine, géographique ou historique, visible ou perceptible dans le paysage. Les géographes parlent, en revanche, de climax, pour désigner des milieux à l'état "originel", si tant est que cela puisse exister. La nature serait alors soit, pour être strict, une chose déjà dépassée géographiquement parlant, soit, pour être commode et compris des autres, partout où l'homme n'est pour ainsi dire jamais passé en laissant des traces, où il ne s'est pas installé de façon durable dirons-nous. C'est une dialectique entre compréhension universelle et nécessités de la rigueur qui joue dans l'utilisation de ces termes de "nature" et d'espaces naturels.
L'échelle est importante. Imagine-toi dans un désert qui n'a jamais vu d'homme. Tu poses le pied sur une dune, du sable vole, tu tombes, des formes restent pour attester de ta chute ; doit-on parler de modification du milieu naturel ? Un milieu naturel qui va d'abord effacer tes traces (mais le propre effacement suggère : le sable utilisé pour combler le creux de ta chute serait parti ailleurs si tu n'étais pas là) ; et puis qui va poursuivre comme si tu n'avais pas été là. Je pense qu'il faut réfléchir dans ces termes, et selon différentes échelles temporelles et géographiques, pour appréhender la chose. En appliquant mes dires à des groupes humains de différentes tailles.