C'est drôle, vos réponses sont aussi vastes que la géographie elle-même. Sisyphe, je te mets à part, car tu es un tricheur, un énergumène qui a étudié de la géographie et qui en sait beaucoup trop.
Il y a un antagonisme assez remarquable dans les réponses de didine et de sonka, c'est que la première situe la terre comme support ("phénomènes qui se situent à la surface de la Terre") et que la seconde la considère comme "objet" ("l'étude de la Terre" elle-même). C'est là tout un pan de la réflexion épistémologique en sciences humaines, pas seulement en géographie. Support ou objet.
D'une certaine manière, toutes les deux amorcent une ouverture qui va dans deux directions : une géographie humaine ("qu'ils soient causés par l'homme" selon didine ; "débordent sur d'autres disciplines (géopolitique, histoire, urbanisme)" selon sonka) ; une géographie plus physique ("par la nature" selon didine ; "géologie par exemple" selon sonka). J'ai tendance à penser que cette double ouverture correspond à quelquechose de plus global, un référentiel que nous avons tous hérité de notre période scolaire, avec une séparation nette entre la physique et l'humaine.
Mais quelque chose manque dans leurs définitions : c'est la
relation entre les phénomènes à la surface de la Terre et la Terre elle-même. C'est peut-être la composante principale de la géographie : "pourquoi ici et pas ailleurs ?" est la question de base de tout géographe.
Je viens de relire, ces derniers jours, l'ouvrage de Paul Claval, Histoire de la Géographie, Paris, PUF, coll. QSJ, 127 p. Dans son introduction, il évoque la démarche du géographe, que je résume avec lui ci-dessous :
- le géographe "situe les observations et repère leurs positions relatives" ; le souci est de
localiser les phénomènes et de les embrasser d'un même regard sur une carte ;
- "le monde est fait pour eux [les géographes] d'éléments imbriqués ou superposés" : ils observent, décrivent, analysent les différents éléments du paysage et en tentent d'en saisir les origines, les relations entre eux ;
- ils "représentent les résultats de leurs observations sur des cartes", puis analysent des dispositifs qu'ils voient ainsi apparaître ;
- les paysages et les cartes peuvent s'analyser à deux niveaux : celui de la description pure (cela renvoie au Tableau de la France, par Vidal de la Blache, au début du XXème siècle, par exemple), et celui de la recherche des causalités, de l'enchaînement des facteurs, de la systémique : pourquoi et comment ; une telle démarche implique selon lui que "la géographie doit être appréhendée comme une discipline scientifique", mais qu'elle s'inscrit en partie dans "le genre littéraire" ;
- "le propos de la géographie est de construire une image qui remplace les perceptions individuelles ou collectives et corrige" les erreurs.