En l'occurence, c'est un hasard, mais ce qui est certain, c'est que le Moyen et Proche-Orient est en train de connaître un changement générationnel global (je cherche un équivalent à l'anglais
turn-over) de dirigeants. En quelques années, plusieurs vieux dictateurs ou semi-dictateurs locaux, présent depuis trente ou quarante ans, ont disparu et laissé la place à une jeune génération (entre parenthèses) :
- le roi Hussein de Jordanie (Abdallah II)
- Afez-el-Assad en Syrie (Bachar el-Assad)
- l'émir du Qatar (son fils)
- Saddam Hussein (le difficile gouvernement actuel)
- Yasser Arafat (Mahmoud Abbas)
On pourrait aussi ajouter l'Iran, où Rafsandjani n'a pas réussi à se faire élire. Et l'Egypte, où Moubarak vient certes de se représenter aux "élections" présidentielles - mais non sans critiques internes, et l'on est forcé de commencer à penser à sa succession.
Pour autant, cela fera-t-il naître une inflexions dans les politiques arabes ?
On peut en douter ; certains représentent certes une nouvelle voie : Abadallah de Jordanie qui veut libéraliser le régime, le nouvel émir qatari qui a rétabli un peu de démocratie, et M. Abbas plus favorables à des concessions et à une diplomatie feutrée de "petits pas" que ne l'était Arafat, leader historique presque mythique, et de ce fait un peu prisonnier de son image. Si l'on étend au monde arabe, on peut ajouter le roi Mohammed II du Maroc, qui semble authentiquement décidé à démocratiser son régime, malgré quelques "ratées".
En revanche, le fâlot Bachar Al-Assad a coupé court au "printemps de Damas", l'Irak est dans le chaos, l'Iran a rejeté un vieux mollah pour choisir un laïc encore plus réac. Non, "l'Orient compliqué" comme disait de Gaulle ne s'arrange pas.
Quant à Abdallah ibn Séoud, il gouvernait déjà de fait depuis dix ans, balançant entre timides ouvertures (quelques conseils consultatifs formant un embryon de parlemment) et répression (les homosexuels décapités en place publique à Riyad il y a deux ans). Donc je doute que la donne veuille beaucoup changer.
L'Arabie devant être gouvernée par les fils de roi Séoud, je crois que le successeur suivant doit n'avoir "que" 80 ans... Il est certain qu'un tel système de succession ne favorise pas vraiment les changements.
A propos du wahabisme, j'aimerais quand même rappeler quelque chose : il n'est pas un simple
conservatisme, une simple absence d'évolution qui aurait figé l'Arabie dans le dix-septième siècle, d'ailleurs il n'est pas né en Arabie.
Il est au contraire une
réaction : il a été théorisé dans l'actuel Pakistan, c'est à dire au nord des Indes Britanniques à la fin du dix-neuvième siècle : il est une des réactions au choc que l'on dit trop facilement "culturel", et qui est en réalité économique et moral, qu'a représenté la colonisation européenne, vécu comme une "naqba", une catastrophe, dont on cherche les causes. Qu'il ait été élevé en doctrine d'Etat en Arabie doit tenir en partie de l'opportunisme.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule réaction ; il y a eu tout un fourmillement d'idées dans le monde arabo-musulman à la fin du XIXe. Une autre voie a été d'abord "l'humanisme islamique" comme on dit parfois d'Abd -el-Kader (résistant historique à la colonisation française en Algérie pendant 17 ans, mais aussi fin lettré et très ouverts au modernisme, qui voulait reconquérir l'Algérie pour lui redonner la puissance et l'esprit des anciens califats de Tolède), et sur la même lancée le modernisme volontariste : les jeunes-Turques et Atatürk, son équivalent persan et le gouvernement de Mohammed Reza Shah, l'étoile algérienne et le MLA dans les années 20, et dans le même genre, la politique d'Habib Bourguiba en Tunisie, etc.
Bref : gardons-nous de croire que le monde arabe est par nature conservateur et enfermé dans la religion. Les différents islamisme, étatisés ou non, sont des d'abord des faits politiques.